Par Séverine Accompagnement · 7 min de lecture

Tu te retrouves parfois avec des pensées qui surgissent sans que tu les aies appelées. Des doutes sur ta foi. Des images que tu rejettes aussitôt. Une petite voix qui répète, encore et encore, que tu n'es pas assez pure, que ta prière n'était pas valide, que tu as mal fait quelque chose.
Tu t'en veux. Tu te demandes d'où ça vient. Et parfois, tu as honte d'en parler.
Si tu te reconnais dans ces mots, sache que tu n'es pas seule. Et surtout : ce que tu traverses a un nom. En islam, on l'appelle les waswas.
Le mot arabe waswas (وسواس) désigne littéralement un murmure, un chuchotement. Dans la tradition islamique, il renvoie aux insufflations de Shaytan dans le cœur du croyant : ces pensées intrusives, ces doutes, ces suggestions indésirables qui perturbent la paix intérieure.
Le terme apparaît dans le Coran, notamment dans la sourate An-Nâs (114), qui nous enseigne à chercher refuge auprès d'Allah contre «le mal du waswas, furtif», celui qui murmure dans les poitrines. Allah Lui-même nous décrit l'ennemi et nous indique la protection : c'est dire à quel point ce phénomène est réel, connu, pris au sérieux dans notre religion.
Les waswas peuvent prendre plusieurs formes :
Ce ne sont pas des défauts de caractère. Ce ne sont pas des signes que tu es mauvaise. Ce sont des pensées et il existe une différence fondamentale entre avoir une pensée et en être responsable.
Comprendre d'où viennent les waswas permet d'arrêter de se blâmer pour leur présence.
Shaytan est un ennemi réel. Allah nous en informe dans le Coran : «Le diable est pour vous un ennemi. Prenez-le donc pour ennemi» (sourate Fâtir, 35:6). Son mode opératoire, c'est le murmure : il n'a pas de pouvoir direct sur nous, mais il insinue, il suggère, il sème le doute. Il s'active particulièrement dans les moments d'adoration, précisément parce qu'il cherche à les perturber.
L'imam Ibn Al Jawzî l'a bien décrit : Shaytan sait que la prière est l'acte le plus précieux du croyant, alors c'est là qu'il redouble d'efforts pour déconcentrer et faire douter.
Plus on prête attention à une pensée intrusive, plus elle prend de la place. C'est un mécanisme bien documenté : tenter de chasser activement une pensée revient souvent à lui donner plus d'importance. La personne se retrouve alors dans un cercle vicieux la pensée surgit, elle s'y attarde par peur ou par honte, elle revient encore plus fort.
Le manque de sommeil, la fatigue émotionnelle, l'anxiété générale ou des périodes de grande fragilité psychologique sont également des facteurs qui favorisent l'intensification des pensées intrusives.
Ibn Al Qayyim Al Jawziyya, dans son œuvre sur les maladies du cœur, souligne que Shaytan s'approche davantage d'un cœur qui s'est éloigné du dhikr. Ce n'est pas un jugement : c'est une information utile. Le rappel d'Allah est un rempart. Quand on est épuisé, débordé, qu'on a délaissé certaines pratiques par manque de temps ou par détresse, la vulnérabilité augmente.
Voici quelque chose d'important que tu dois entendre clairement :
Tu n'es pas responsable des pensées qui te traversent.
Le Prophète ﷺ l'a dit, et ce hadith est rapporté à la fois par Al-Bukhârî et Muslim : «Allah a pardonné à ma communauté les mauvaises pensées provenant de l'esprit, tant que celles-ci ne se concrétisent ni en actes, ni en paroles.»
Et dans un autre hadith rapporté par Muslim, un groupe de Compagnons vint trouver le Prophète ﷺ en lui confiant qu'ils avaient dans leurs cœurs des pensées qu'ils trouvaient sacrilège de prononcer. Le Prophète leur demanda : «Et vous l'avez trouvé, ce sentiment ?» «Oui», répondirent-ils. «C'est cela la vraie foi», conclut-il.
L'imâm An-Nawawi, commentant ce hadith, précise que le fait même de rejeter ces pensées et d'en éprouver de la crainte est le signe d'une foi sincère et vivante. Seul celui dont la foi est réelle ressent cette horreur face aux waswas ; l'indifférent n'en souffre pas.
Cette parole du Prophète ﷺ devrait être un vrai soulagement : avoir ces pensées ne te rend pas mécréante. Ne te rend pas impure. Ne remet pas en cause ta relation à Allah.
L'islam ne nous laisse pas sans ressources. Voici les pistes que la tradition nous enseigne, à intégrer progressivement, avec sincérité pas de façon mécanique.
Le premier conseil, répété par les savants, est d'ignorer activement les waswas. Ne pas leur répondre, ne pas argumenter avec eux, ne pas essayer de les raisonner. Leur accorder de l'attention leur donne de la force. Les laisser passer, sans s'y arrêter, les affaiblit.
Dès qu'une pensée intrusive surgit, prononcer «A'ûdhu billâhi min ash-shaytân ir-rajîm» : «Je cherche refuge auprès d'Allah contre Shaytan le maudit.» Ce n'est pas une formule magique : c'est un acte de retour vers Allah, un rappel de notre dépendance à Lui et une coupure consciente avec ce qui vient de Shaytan.
Le rappel régulier d'Allah, en dehors des moments de crise, est une protection durable. Le dhikr du matin et du soir, la récitation des trois dernières sourates (Al-Ikhlâs, Al-Falaq, An-Nâs), le «Bismillah» avant les actes du quotidien : tout cela construit une présence intérieure à Allah qui rend le cœur moins perméable aux insinuations de Shaytan.
Le Coran est shifâ' source de guérison pour ce qui est dans les poitrines (sourate Yûnus, 10:57). Sa récitation, même sans tout comprendre, a un effet d'apaisement réel sur le cœur. Elle ancre dans la parole d'Allah et éloigne Shaytan.
Une des sources profondes des waswas est l'angoisse du contrôle : «Et si j'avais mal fait ?», «Et si ce n'était pas valide ?», «Et si je n'étais pas assez ?». Le tawakkul, c'est remettre à Allah ce qu'on ne maîtrise pas. Ce n'est pas la passivité : c'est la confiance active en Sa miséricorde. Allah connaît ton intention. Il connaît ton cœur. Il n'est pas en train de t'observer pour te prendre en défaut.
Il faut aussi être honnête sur une réalité : parfois, ce que l'on appelle «waswas» dépasse le cadre spirituel et relève davantage d'un trouble anxieux, voire d'un TOC (trouble obsessionnel compulsif). Quand les pensées deviennent si envahissantes qu'elles paralysent le quotidien, quand les vérifications et rituels prennent des heures, quand la souffrance est constante et intense : il est important de ne pas rester seule avec ça.
Chercher un accompagnement adapté qu'il soit spirituel, psychologique ou les deux n'est pas un signe de faiblesse. C'est une forme de sagesse et de soin de soi.
Les waswas touchent souvent les personnes les plus croyantes, les plus consciencieuses, celles dont le cœur est vivant. La présence de ces pensées ne dit pas qui tu es. Ce que tu en fais, si.
Et si tu cherches à les repousser, si tu souffres de les avoir, si tu fais l'effort de revenir à Allah malgré elles : c'est déjà un acte de foi.

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