Par Séverine · 6 min de lecture

C’est une petite voix qui s’installe souvent sans prévenir. Elle arrive au moment où tu t’apprêtes à prendre une décision importante, à changer de vie, ou même parfois sans raison apparente, au milieu de ton quotidien.
Puis, une seconde voix, plus dure celle-là, vient s’y ajouter : « Si j’avais vraiment la foi, je n’aurais pas peur. Si j’étais une bonne croyante, mon cœur serait en paix. »
Cette culpabilité est un poids supplémentaire que tu n'as pas à porter. Aujourd'hui, j'aimerais que nous nous posions ensemble pour déconstruire ce tabou : non, avoir peur ne fait pas de toi une mauvaise croyante. Pour le comprendre, tournons notre regard vers l’histoire de l’un des plus grands hommes que la terre ait portés : Moussa (عَلَيْهِ ٱلسَّلَامُ).
Moussa (عَلَيْهِ ٱلسَّلَامُ) est l’un des prophètes dont le Coran nous conte le plus les émotions. Ce qui est magnifique dans son récit, c’est qu'Allah ne nous cache rien de son humanité.
Lorsqu'Allah l'appelle dans la vallée sacrée de Touwa et lui confie la mission immense d'aller affronter Pharaon, Moussa (عَلَيْهِ ٱلسَّلَامُ) n'a pas prétendu être invincible. Il a exprimé son appréhension.
Il a dit :
« Seigneur, j'ai peur qu'ils ne me traitent de menteur » (Sourate Ach-Chou'ara, 26:12)
À aucun moment, Allah ne lui reproche cette émotion. Au contraire, Il l'écoute. Moussa (عَلَيْهِ ٱلسَّلَامُ) va même plus loin en demandant un soutien humain pour apaiser son cœur : il demande que son frère Aaron (عَلَيْهِ ٱلسَّلَامُ) l'accompagne pour le fortifier (Sourate Ta-Ha, 20:29-30).
L'enseignement pour toi : Si un Prophète à qui Allah a parlé directement a pu ressentir de la peur et demander du renfort, comment pourrais-tu te blâmer de ressentir la même chose ? La peur n'est pas une absence de foi, c'est une réaction humaine face à l'inconnu.
Il y a un autre passage très touchant dans la vie de Moussa (عَلَيْهِ ٱلسَّلَامُ). Face aux magiciens de Pharaon, quand leurs cordes et leurs bâtons se sont mis à ramper comme des serpents par magie, le Coran nous dit :
« Moussa ressentit alors une peur en lui-même. » (Sourate Ta-Ha, 20:67)
Regarde bien la réaction divine. Allah ne lui dit pas : « Où est ta confiance en Moi ? ». Il lui dit avec une immense douceur :
« N’aie pas peur, c’est toi qui auras le dessus. » (Sourate Ta-Ha, 20:68)
Allah a validé son émotion avant de le rassurer. Il a reconnu son effroi et lui a apporté la protection nécessaire pour qu'il puisse continuer.
On fait souvent l'erreur de penser que le Tawakkul (la confiance en Dieu) signifie ne plus rien ressentir, être comme un rocher que rien n'ébranle.
Mais le véritable Tawakkul, c'est d'avoir les jambes qui tremblent, le cœur qui bat la chamade, et de faire le premier pas quand même, parce que tu sais qu'Allah est avec toi. Le Tawakkul, c'est de dire : « Mon Dieu, j'ai peur, mais j'avance avec Toi. »
La honte que tu ressens aujourd'hui est un voile qui t'empêche de voir qu'Allah est proche de toi, surtout quand tu es vulnérable. Ta peur n'est pas un signe de faiblesse spirituelle, elle est l'occasion de transformer ton lien avec le Créateur en un dialogue intime et sincère.
Si tu te sens envahie par l'inquiétude en ce moment, j'aimerais t'inviter à un petit exercice de douceur envers toi-même :
Prends un instant pour respirer. Au lieu de rejeter cette peur ou de t'en vouloir, essaie de la regarder comme Moussa (عَلَيْهِ ٱلسَّلَامُ) a regardé la sienne : comme un signal qui t'invite à demander de l'aide.
Et si, aujourd'hui, au lieu de chasser ta peur, tu l'autorisais à devenir une invocation ? Quelle est la chose précise que tu aimerais murmurer à Allah pour qu'Il apaise ton cœur ?
Sache que tu as le droit d'être humaine. Tu as le droit d'être fragile. Et c'est précisément dans cette fragilité qu'Allah t'accueille avec le plus de miséricorde. message.txt